Instacart a choisi une voie nettement différente en Europe de celle qui a fait son succès aux États-Unis avec son modèle de livraison de courses. Plutôt que de créer une marketplace destinée aux consommateurs, l’entreprise commercialise l’infrastructure technologique qui permet aux distributeurs établis de gérer leurs propres activités digitales dans l’alimentaire, tout en élargissant son écosystème technologique, explique Ryan Hamburger, Chief Commercial Officer d’Instacart.
Publié le 09 septembre 2026 à 1:23 | Modifié le 30 septembre 2026 à 9:36

Cette stratégie est entrée dans une nouvelle phase en janvier dernier, lorsque Costco a lancé ses premiers sites de livraison le jour même en France et en Espagne grâce à la technologie Storefront Pro d’Instacart.

Le service couvre les magasins Costco des deux pays, avec des partenaires locaux chargés de la livraison.

Portrait de Ryan Hamburger
Cet accord illustre l’évolution d’Instacart vers une plateforme technologique mondiale dédiée à la distribution alimentaire, avec des solutions destinées aux entreprises capables de fournir la vitrine digitale, les technologies de préparation et de livraison des commandes, l’infrastructure publicitaire ainsi que les capacités liées aux données, tandis que le distributeur conserve sa relation avec ses clients et ses magasins physiques.

« Je travaille chez Instacart depuis 12 ans et, aux États-Unis, nous sommes devenus une marque très connue. En Europe, nous avons donc un peu l’impression de revenir à nos débuts : nous devons développer notre notoriété et faire savoir aux distributeurs qu’ils peuvent faire appel à nous pour l’ensemble de notre offre ou pour certains éléments spécifiques de notre plateforme », explique Hamburger, depuis le stand de l’entreprise à l’occasion de NRF 2026: Retail’s Big Show Europe.

« C’est pourquoi des événements comme NRF 2026: Retail’s Big Show Europe sont si importants : ils nous donnent l’occasion de nous présenter en personne et de mieux comprendre les problématiques auxquelles sont confrontés les distributeurs », ajoute-t-il.

Dans le cadre de son expansion, Instacart s’est également lancée dans une stratégie d’acquisition. En avril, l’entreprise a conclu un accord pour racheter Instaleap, une société colombienne spécialisée dans les technologies pour le retail. Celle-ci est présente dans environ 30 pays et entretient des relations avec près de 100 distributeurs et marketplaces alimentaires en dehors de l’Amérique du Nord, notamment avec des groupes européens comme Jerónimo Martins, Continente et Spar.

Plus récemment, Instacart a acquis en 2025 la plateforme e-commerce irlandaise Wynshop, puis en 2026 la société spécialisée dans l’intelligence des rayons Arpalus, renforçant ainsi ses capacités dans le commerce géré directement par les distributeurs et dans la vision par ordinateur appliquée aux magasins, notamment pour surveiller les stocks disponibles en rayon.

« Ces entreprises apportent des éléments supplémentaires à notre offre destinée aux professionnels. Ce que les distributeurs et les consommateurs veulent, c’est une expérience de marque fluide et cohérente. Ils ne veulent pas avoir à se demander s’ils font leurs achats chez Carrefour en ligne ou chez Carrefour en magasin : ils veulent simplement faire leurs achats chez Carrefour », insiste Hamburger.

« Une grande partie de notre travail consiste donc à aider les distributeurs à gérer ce processus et à faire en sorte que leurs clients bénéficient de cette expérience, car les attentes des consommateurs continuent de progresser », poursuit-il.

Sur la scène de NRF 2026 : Retail’s Big Show Europe, Hamburger explique que la création de cet « écosystème connecté » figure parmi les principaux sujets abordés par les distributeurs présents au salon. L’intérêt pour les opportunités de revenus liées au retail media est également en forte croissance.

« L’alimentaire est un secteur à faible marge et il n’est pas surprenant que les enseignes cherchent à ajouter une source de revenus supplémentaire à leur activité », explique-t-il. « Nous étudions les moyens par lesquels nous pouvons les aider à saisir cette opportunité de revenus additionnels. »

Et, bien sûr, l’IA est dans tous les esprits. Hamburger distingue deux grands domaines d’application : la manière dont elle peut aider les distributeurs à gagner en efficacité dans leurs opérations et la manière dont elle peut aider les consommateurs.

« Il ne fait aucun doute qu’il existe des opportunités en matière d’efficacité. La question essentielle est de savoir comment les rendre déployables à grande échelle, et c’est précisément là que nous cherchons à aider les distributeurs », explique-t-il.

« Pour les consommateurs, il s’agit de l’IA agentique — la nôtre s’appelle Clementine — et de ce qu’elle peut apporter en matière de création de recettes, de recherche de produits sans gluten, d’idées de repas pour les enfants, etc. Les consommateurs veulent également que tout cela soit fluide : ils doivent pouvoir utiliser la technologie chez eux et poursuivre leur expérience en magasin, sans avoir à répéter les mêmes actions. »

Instacart porte donc ce message directement à Paris, et Hamburger estime que, de l’analyse des magasins pour connaître les stocks disponibles jusqu’aux chariots intelligents et aux opportunités offertes aux entreprises, la capacité à connecter tous ces éléments sera essentielle pour les distributeurs alimentaires européens.